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Nouvelles acquisitions de la bibliothèque Juillet 2019

Livres entrés en juillet 2019

Maurice Sachs, Jacques Maritain, Raïssa Maritain , Correspondance, 1925-1939

Au-delà d’un romantisme de jeunesse et d’emballements religieux, il faut lire dans ces lettres de Maurice Sachs à Jacques et Raïssa Maritain le témoignage d’un être écrasé par son passé, déchiré par ses désirs, prêt à tout instant à des résolutions nouvelles et à des serments irrévocables, tout en sachant qu’il tombera, l’instant d’après, dans ce qu’il a refusé et qu’il n’échappera pas à la veulerie et à la bassesse. « Ce n’est pas le courage qui me manque, c’est le courage de ce courage. Or le courage, c’est encore le courage pur. Le premier pas ne coûte pas, mais ce sont les quotidiens derniers pas qui me coûtent [...] Mon esprit est faible, distrait, tiède parfois, mon corps est parfois secoué par le démon. C’est à la force des poignets du cœur que je veux marcher », écrit-il à ses « Très chers et doux amis » (3 octobre 1925). Faut-il voir dans ces aveux lucides et pathétiques une volonté de mensonge, une dramatisation perverse destinée à impressionner les naïfs et zélés Maritain ? Sachs a le goût des mises en scène, il aime jouer, mais ce jeu lui permet aussi de délivrer une certaine vérité. De parler en vérité de son homosexualité. Il sait que ses amis ne se voilent pas la face, ne s’indignent pas, ne s’attardent à aucun reproche. Ils accueillent seulement ceux qui sont exténués. Exténué, déchiré, Maurice Sachs l’est constamment jusqu’à la fin de sa vie. Les lettres témoignent de cette perpétuelle oscillation entre des temps d’ascèse, de volonté de maîtrise de soi et des périodes où Sachs éprouve des sentiments de forte solitude et de dégoût de soi. Cette correspondance comporte deux cent dix lettres ou billets, de juillet 1925 à décembre 1939. La majeure partie est constituée de lettres de Maurice Sachs. Gallimard 334 p.

Maurice Sachs : Au temps du bœuf sur le toit Journal d’un jeune bourgeois à l’époque de la prospérité

Maurice Sachs brûlait sa vie comme un acteur brûle les planches. Il avait de la présence, du magnétisme. Luxe plus rare, il avait du regard et de la mémoire. Rescapé chaque soir du jeu d’enfer de sa vie, une vie de jeton de casino, il prenait le temps, avant l’angoisse du matin prochain, de jouer encore à se souvenir...

Et il se souvient, ici, du temps du Boeuf sur le toit, paradis des années folles, hanté par Cocteau et tant d’autres qui surent, de la vie, faire un interminable bal tragique...

Grasset 263 p.

Martin Heidegger : Acheminement vers la parole

Cette œuvre de Martin Heidegger constitue l’étape ultime d’un long itinéraire de pensée. Commencé en 1916 (Doctrine des catégories et de la signification), il s’est révélé de plus en plus distinctement, au cours des années et des œuvres, comme orienté vers la relation qu’entretiennent, depuis leur origine, être et parole. Six textes jalonnent cet acheminement : La parole, La parole dans le poème, D’un entretien de la parole, Le déploiement de la parole, Le poème, Le mot, Le chemin vers la parole (quatre conférences, un essai et un dialogue). Le titre nomme une insigne expérience de la parole. Comprenons d’abord : l’expérience que fait la pensée face à la parole. " Faire une expérience, dit le livre, c’est atteindre quelque chose en passant par un chemin. " Ce qui est atteint dans cet acheminement de la pensée à la parole, c’est une vue de la parole. En cette vue, la parole ne se distingue plus de son déploiement, de la manière dont elle vient à être. Acheminement vers la parole, dès lors, ne signifie plus l’itinéraire emprunté par la pensée pour venir en face de la parole, mais, à proprement parler, le " mouvement " dont la parole est l’aboutissement. Tout le livre culmine dans la tentative de dire la nature de ce " mouvement ", autrement dit : comment s’appelle cela, qui chaque fois et toujours s’achemine vers la parole.

Gallimard -260 p.

Paul Claudel : lettres à Ysé

Voici la correspondance tant attendue entre Paul Claudel et Rosalie Vetch, qui fut le modèle d’Ysé dans Partage de midi et de Doña Prouhèze dans Le Soulier de satin. "Chaque lettre nous apporte des détails ignorés sur une aventure encore largement incomprise. Les curieux de "petits faits vrais" vont trouver ici de quoi satisfaire leur appétit. Ils découvriront aussi des descriptions de sites et de paysages : mer et ciel omniprésents. Mais les révélations de loin les plus précieuses touchent à la destinée exceptionnelle des deux partenaires principaux, observés à travers un demi-siècle : 1900-1951. LUI entend n’avoir pour ELLE aucun secret. Il se montre dès lors sous toutes ses faces : l’homme si sauvagement solitaire, mais également aux prises avec autrui ; le diplomate en action ; le créateur au sommet de son art ; l’amant enflammé, mais aussi le mari mortifié ; sa foi en insupportable conflit avec sa passion - car tous ces versants se rencontrent : "Pour être un artiste, il ne sert à rien d’avoir Dieu au cœur si l’on n’a le diable au corps !". Quant au couple qu’ils s’épuisèrent à former, ELLE et LUI, l’apport du courrier claudélien se révèle inestimable. Il éclaire d’un jour qu’on n’espérait plus sa flamboyante origine et sa première croissance orageuse, puis les conditions de sa rupture et le silence qui la scella treize ans durant ; la péripétie des "retrouvailles" entre équivoque et mystère ; enfin, le lent éloignement d’un Éden inaccessible" Gallimard 442 p.

Pierre le Vénérable : Poèmes ; Avec le panégyrique de Pierre de Poitiers

Traduit par Franz Dolveck Pierre le Vénérable, abbé de Cluny de 1122 à sa mort en 1156, fait partie des grandes figures du Moyen Age central ; symbole de la puissance d’un ordre pourtant sur le déclin, cet homme dont il se dit qu’il pouvait se rendre de Cluny, au Sud de la Bourgogne, à Paris sans jamais quitter les terres de son abbaye compta alors par son influence dans la vie politique du royaume de France, mais aussi dans la vie de l’Eglise, aussi bien locale qu’européenne. Mais s’il reste connu aujourd’hui, c’est surtout pour son oeuvre littéraire, particulièrement importante et dans l’histoire de Cluny et dans celle du XIIe siècle : sa correspondance fait, au même titre que celle de Bernard de Clairvaux, figure de modèle pour ses contemporains, et ses grands traités d’apologétique, adressés aux fidèles de l’hérétique Pierre de Bruys, aux Juifs puis aux musulmans sont un projet très original, qui a particulièrement retenu l’attention des historiens : figure d’une certaine forme de tolérance, l’abbé de Cluny s’attache toujours à ne s’appuyer que sur des arguments recevables par ses destinataires (et n’utilise donc pas, par exemple, le Nouveau Testament dans son traité aux Juifs) ; et, d’autre part, il s’attache à utiliser des sources de première main, fait dont témoigne la traduction latine du Coran qu’il fait réaliser en Espagne dans les années 1140. Depuis les années 1960, l’ensemble de l’œuvre de Pierre le Vénérable a fait l’objet, par étapes, d’éditions critiques, et cette édition de son œuvre poétique vient clore cette série. La poésie de Pierre le Vénérable est une production disparate, étalée sans doute sur plus de quarante ans, qui retient l’attention, en plus de sa valeur poétique propre, pour le témoignage qu’elle apporte sur la poésie au XIIe siècle : à l’exact opposé de Bernard de Clairvaux, Pierre le Vénérable défend fermement la culture de la poésie, allant jusqu’à prendre, en presque cinq cent vers, la défense de son secrétaire, à qui l’on avait reproché d’écrire - en vers - le panégyrique de son abbé : il s’agit là d’une entreprise, unique au Moyen Age, de justification à la fois de l’art de l’éloge, hérité de l’Antiquité, et de la poésie, et c’est à ce titre que l’ouvrage a particulièrement retenu l’attention, en son temps, d’Ernst Robert Curtius. En outre, Pierre le Vénérable, en plus de pratiquer lui-même la composition poétique, s’est attaché à en favoriser les auteurs : c’est ainsi que s’explique, par exemple, sa sympathie pour un moine toulousain inconnu par ailleurs, mais destinataire de sa seule lettre en vers ; mais c’est aussi ainsi que s’explique le fait que Pierre le Vénérable ait fait venir à Cluny tant celui qui va devenir son secrétaire, Pierre de Poitiers, jeune clunisien aquitain doué pour les vers, que, probablement, Raoul Tortaire, un moine de Fleury, poète particulièrement prolifique et qui semble avoir fini sa vie à Cluny. Comment, en se fondant sur ces arguments, ne pas voir dans l’accueil réservé à Abélard après le concile de Sens une sympathie pour l’un des hommes les plus brillants de sa génération, mais aussi une certaine communauté d’esprit avec celui qui est l’auteur d’un cycle d’hymnes complets pour l’abbaye du Paraclet ? S’il est excessif, sans doute, de parler de « cercle poétique clunisien », il demeure que, durant une trentaine d’années, sous l’action consciente de Pierre le Vénérable, Cluny s’illustre exceptionnellement dans le domaine de la poésie. Cette édition, la première édition critique des œuvres poétiques de Pierre le Vénérable et la première édition complète originale depuis le début du XVIIe siècle, établit entièrement le texte d’après l’ensemble des manuscrits aujourd’hui connus, comblant ainsi une lacune dans la documentation de Pierre le Vénérable et de la poésie du XIIe siècle. La traduction française qui fait face au texte original latin est la première traduction intégrale dans une langue vernaculaire. Franz Dolveck est archiviste paléographe et agrégé de l’Université. Spécialiste de poésie latine, de l’Antiquité à la Renaissance, il termine une thèse de doctorat consacrée à l’édition critique de l’ouvre poétique de Paulin de Nole (? 431).