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Nouvelles acquisitions de la bibliothèque mai 2019

Livres entrés en mai 2019

Michel Fauquier : Une histoire de l’Europe

Comme toute histoire, celle de l’Europe a ses ombres, mais elles n’évincent pas les idéaux élevés nourris en son sein avant de contribuer à les faire croître : ces idéaux qu’elle a donnés en héritage au monde, il appartient plus particulièrement aux siens de continuer à les faire vivre. Pour cela il leur faut savoir d’où ils sont : c’est pourquoi le présent ouvrage raconte ce qui a fait l’Europe, depuis son émergence jusqu’au seuil de notre époque. La pédagogie retenue organise cette histoire en onze nœuds, c’est-à-dire autour de moments durant lesquels le sort de l’Europe s’est noué, pour le meilleur ou pour le pire. Bâtie à partir d’une trame chronologique forte, l’histoire de l’Europe racontée ici tient que cette histoire a un sens, qu’elle procède de l’avant à l’après, et est intelligible au prix d’une synthèse raisonnable. Après la prise de conscience des Grecs soudés par des valeurs communes les distinguant fortement des Orientaux qui ont alors la figure des Perses, l’Europe ainsi émergente prend sa première forme avec la constitution d’un Empire romain d’ampleur méditerranéenne mais qui reste occidental par bien des aspects, le christianisme donnant finalement un contenu original à cette forme. Dans une Europe qui se regarde désormais comme chrétienne et considérée partout comme telle, l’Empire renaît et ouvre à nouveau la voie d’une construction fédérale néanmoins concurrencée par des royaumes qui s’inscrivent en revanche dans une vision confédérale, alors que, dans le même temps, le monachisme donne à l’Europe sa forme la plus proche de l’Europe actuelle. La modernité naît quant à elle sur fond de conflits, entre la science et la foi, puis entre des Églises concurrentes : l’Europe perd alors ce qui faisait son unité, les rivalités entre puissances n’étant finalement plus réglées par la recherche d’un consensus mais par celle d’un équilibre des forces en présence. Après avoir mené à son terme l’entreprise de désenchantement du monde, amorcée depuis le cœur du Moyen Âge et accentuée lors de l’entrée dans les Temps modernes, les « Lumières » provoquent des ébranlements très profonds. À l’époque contemporaine, ils menacent d’emporter l’héritage européen du fait de l’avènement des régimes totalitaires.

Éditions du Rocher - 749 pages

Alcuin : Lettres (tome I) Traduction : Christiane Veyrard -Cosme

Riche de près de 300 pièces, la correspondance d’Alcuin, conseiller de Charlemagne et, à partir de 796, abbé de Saint-Martin de Tours, est sans équivalent à cette époque. Recueillie par son ami Arn, archevêque de Salzbourg, la première collection, comprenant vingt pièces, est ici éditée avec un nouveau texte critique et traduite pour la première fois en français. Datable de 799, c’est la seule qui ait été établie du vivant du maître d’œuvre de la réforme carolingienne. Adressées à Arn, à des moines, à des élèves ou à d’anciens élèves, à Charlemagne lui-même ou à la reine Edilthrude, ces vingt lettres illustrent divers genres : consolation, précis exégétique, manuel pastoral, miroir du prince ou de l’évêque, et même « tombeau ». Le clerc anglo-saxon y fait la part belle à la Bible, à la poésie, tout en s’inspirant de Jérôme, d’Augustin, bien sûr, de Grégoire le Grand plus encore.

Mais c’est surtout sa capacité à réagir à une situation nouvelle – la résurgence d’une hérésie, l’apparition de certaines pratiques – et à être un homme de son temps, soucieux d’une évangélisation pacifique des païens, de l’éducation des enfants, de la promotion des laïcs et des prêtres, de l’intégrité des évêques, du rôle majeur qu’un souverain comme Charlemagne peut jouer, qui fait l’attrait principal de ces Lettres.

Christiane Veyrard-Cosme est professeur de langue et littérature latines à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Elle a publié de nombreux ouvrages, en particulier sur Alcuin : Tacitus nuntius. Recherches sur l’écriture des Lettres d’Alcuin (730 ? - 804) et La Vita beati Alcuini (IX e s.) : les inflexions d’un discours de sainteté (Institut d’Études Augustiniennes, 2013 et 2017).

Sources Chrétienne - Éditions du Cerf - 553 pages

John Henry Newman : Conférences sur la doctrine de la justification

2017 marque le 500e anniversaire de la naissance du mouvement de la Réforme, qui a vu se cristalliser deux nouvelles compréhensions du christianisme autour de Martin Luther, en Allemagne, et de Jean Calvin, en Suisse et en France. A l’intérieur de ce mouvement, qui provoque une division à l’intérieur des nations chrétiennes d’Europe, l’Angleterre occupe une place à part. Passée à la Réforme sous le règne de Elisabeth 1re, l’Eglise d’Angleterre se présente comme un compromis entre les excès catholiques et les carences protestantes. La question qui divise Catholiques et Réformés est celle dite de la "justification" : la foi suffit-elle à être sauvé par le Christ, ou bien faut-il également, voire d’abord, accomplir des "œuvres". Ce qui est en jeu, c’est le rôle de la grâce comme don gratuit, initiative libre de Dieu pour nous sauver. En 1838, John Henry Newman prononce une série de "Leçons sur la justification" dans lesquelles il tient ensemble deux choses : la relation personnelle avec le Christ dans la réception du salut (il n’y a pas de mécanique du salut) ; l’efficacité des sacrements, qui manifestent et accomplissent le recréation de l’homme (il n’y a pas de "foi seule" qui sauve séparément des sacrements). Un chef d’œuvre d’équilibre, qui constitue l’une des plus importantes contributions à l’œcuménisme.

Ad Solem - 539 pages

Étienne Grenet : Unité du "je" psalmique

Aucun livre biblique ne donne autant la parole à un « je » que le Psautier. Le présent ouvrage montre à quel point l’histoire de l’exégèse n’a eu de cesse de sonder ce « je » psalmique. Les Pères de l’Église ont discerné dans la voix même du psalmiste celle d’un Autre : le Christ. Plus tard, l’exégèse moderne en a dévoilé une pluralité de figures : « je » royal, « je » prophétique, « je » sapientiel etc., tout en faisant émerger la question résolument contemporaine de l’éclatement du « je ». Étienne Grenet, en valorisant l’unité du Psautier comme livre, ouvre une voie nouvelle et entreprend ici un commentaire psaume après psaume : le « je » psalmique s’y figure et s’y reconfigure au long d’un itinéraire spirituel. Pour advenir, cette révélation implique, à chaque pas, le « je » du lecteur et interprète. Ce faisant, elle le constitue et le transforme.

Éditions du Cerf : Lectio Divina - 696 pages

Patrick Boucheron : La Trace et l’aura ; Vies posthumes d’Ambroise de Milan (IVe-XVIe siècle)

C’est à l’histoire d’une mémoire disputée que nous convie ce livre, moins pour faire récit des manipulations du souvenir que pour dresser l’inventaire des résistances du passé. Peut-être aussi pour tenter de rendre sensible l’épaisseur des temps par quelques expériences narratives… Le souvenir est celui d’Ambroise, élu évêque de Milan en 377, à l’époque où la ville est l’une des capitales de l’Empire romain. Contemporain de cette bascule d’un temps dans l’autre qu’est l’Antiquité tardive, Ambroise instaure une grande séparation entre ceux qui croient au Christ et ceux qui n’y croient pas. Jouant la ville contre le palais, le peuple contre la cour, il fait de la lutte contre l’hérésie la cause d’une Église défendant l’inviolabilité du domaine de Dieu face au pouvoir impérial. Héros de la romanité continuée, champion de la liberté de l’Église, saint patron de la ville et protecteur céleste de sa conscience civique, Ambroise n’a cessé de hanter l’histoire de Milan, depuis le temps des évêques carolingiens jusqu’à la Contre-Réforme catholique, et bien au-delà encore. Partant sur les traces de ses vies posthumes, ce livre propose une enquête sur la manière dont se façonnent, en longue durée, et de manière heurtée, contradictoire et toujours conflictuelle, les identités collectives. S’y révèle, chemin faisant, une archéologie du gouvernement des modernes, buttant sur l’origine liturgique de tout pouvoir et la violence constitutive à toute fondation. Patrick Boucheron est historien, professeur au Collège de France. Il est notamment l’auteur de Léonard et Machiavel (2009), Faire profession d’historien (2010), Conjurer la peur. Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images (2013).

Éditions du Seuil - Collection L’univers historique 527 pages

Dominique Hoizey dans le numéro 38 d’avril du Chat Murr fait une analyse du livre La Trace et l’aura. Vous trouverez cette analyse en page 4 de cette revue.

Henri Vermorel : Sigmund Freud et Romain Rolland

Sigmund Freud et Romain Rolland ont entretenu de 1923 à 1936 et ne se sont rencontrés qu’une fois. Au fil d’échanges aussi sobre qu’intenses, ils abordent des thèmes tels que la nature de la croyance et l’origine du sentiment religieux – Freud se considérait comme un « juif athée » face à son ami, chrétien sans Église, et le malaise dans la civilisation, qui les préoccupait l’un et l’autre après les massacres de la première guerre mondiale qui précédèrent la montée des totalitarismes et la menace d’un nouveau conflit. Si le courant passe entre ces deux créateurs fort différents, c’est que des affinités latentes les rapprochent, comme leur stature de héros romantiques et un lien commun avec Goethe et les romantiques allemands. Mais plus encore, en sourdine, un deuil qui les a affectés l’un et l’autre dans l’enfance. Freud admirait en Romain Rolland l’intellectuel engagé qui défendait les valeurs de la civilisation en dénonçant l’absurdité de la guerre de 1914-1918 et en s’opposant à Hitler. Mais il était plus lucide sur les illusions idéologiques de son ami qui, dans sa période de soutien à l’URSS, oubliera sa dénonciation du totalitarisme stalinien et s’éloignera momentanément de Freud, confirmant ainsi les ambivalences et les impasses de ce passionnant dialogue qui éclaire l’œuvre entière.

Albin Michel - 630 Pages